Etonnamment pourvu de
dons, innés. Dons remarquables non seulement par leur multiplicité,
mais encore par le sommeil où il semblait les tenir en réserve,
pour ne les utiliser que survenue l'occasion.
Un exemple restait mémorable
tombant sur une flûte il s'était mis à en jouer, et fort
convenablement, à la stupeur de son entourage on ne savait pas que tu
jouais de la flûte - Moi non plus, avait-il répondu dans un grand
éclat de rire. Une autre fois, pris dans une rixe, il avait terrassé
son agresseur en deux magistrales parades de judo, toujours à la surprise
générale, toujours sans explication.
En maintes autres occasions,
il se comportait de la sorte. Tirant de son trousseau de clés secret
la bonne, au moment voulu.
Son courage physique, d'ailleurs, était naturel et d'une désinvolture
désarmante, allié à un mépris de la mort absolu.
Son corps portait de larges et nombreuses cicatrices. Un lointain et terrible
accident d'aviation, dont il avait réchappé par miracle.
A l'image de ses dons, sa culture était vaste et variée, plus
expérimentale que livresque. Il n'avait d'ailleurs aucun diplôme.
Ne sortait d'aucune université. N'était passé par aucune
grande école. Champion des cours du soir, rat de bibliothèque.
Occupait néanmoins un poste important à 1'UNESCO où il
était entré par la petite porte. Grâce à une connaissance
étonnante non seulement de cinq langues, mais encore des mentalités
des peuples qui les parlent.
Mais grâce aussi - et surtout ! - appuya-t-elle, comme si c'était
là qu'elle voulait en venir, à l'extraordinaire ascendant qu'il
possédait sur tous ceux qu'il approchait. (Son fameux regard, pensai-je.)
Ludovic Salvage allait
à des combats perdus d'avance comme celui de I'UNESCO d'un pas tranquille.
Appa-remment démuni, sûr de ses armes secrètes, précédant
les épreuves, en réclamant d'autres, élève posant
des colles à l'inspecteur, dépassant de cent coudées ses
rivaux, confondant les arbitres, forçant le coup de chapeau.