Car lui aussi a dû être dans la stupeur. Mais j'avais pris soin de découper au bas du cliché toutes les références. Et à ce radiologue, c'est un faux nom et une fausse adresse que j'avais donnés. Lui restera à jamais avec sa stupeur.

Vous êtes le seul, professeur, vous êtes le seul qui allez devoir porter le poids de ce secret. Ce lourd poids. Si lourd que vous l'écartez. D'office et d'emblée.

Ce couplet fut débité avec un calme imperturbable. Et aussi un accent de sincérité qui, loin de m'apaiser, ne m'en irrita que plus.
- Ecoutez, monsieur, vous me mettez dans un réel embarras. Je ne suis pas praticien, vous ai-je dit, je ne suis pas radiologue. Pas davantage psychiatre. Votre cas, vous me forcez de vous le dire, relève des soins d'un tel spécialiste. Je ne puis que vous renvoyer à la psychiatrie, et cette fois, permettez que j'appelle mon assistant.

Je décrochai l'interphone.

- Attendez.
Il se leva et vint à moi.
- Pas avant d'avoir pris mon pouls.
- Votre pouls ? Me voilà infirmière !
- Prenez mon pouls, professeur, et je m'en irai. (Il me tendait sa main, que je ne prenais pas.) Ça ne prend qu'une minute. Tout le monde sait qu'un pouls normal bat entre 100 maximum, 40 minimum. Comptez le mien...

(Je ne bougeais toujours pas.)

Quoi ? Vous avez peur ? ( Je me décidais. Je comptais. Une minute interminable.) Alors ? Vous n'avez pas dû dépasser 10, non ?
- J'ai compté " onze ".
- Onze ! Qu'en dites-vous ?
- Je dis qu'aux Indes certains fakirs parviennent à des résultats analogues par rétention volontaire ou autohypnose.

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