Les remous provoqués par l'émission de " La Science, demain", tant dans le monde scientifique que dans l'opinion, furent encore plus violents qu'après Bruxelles. C'est que la Télévision atteint tout le système nerveux d'une nation, y débusquant les névropathes qui sans elle ne sortiraient pas de leur trou.
Les lettres affluèrent. Visionnaires, exaltés, savants du dimanche, religieux choqués, commanditaires pour la recherche, et j'en passe.
La " glande de Faust " avait fait florès.
Dans les esprits faibles, l'hypothèse était devenue réalité. Et la plupart des correspondants, les insensés, s'offraient bénévolement « " pour qu’ on tentât sur eux l'expérience de la greffe du "ralentisseur" »
Il n'y eut pas que des lettres . Nombre d'excités se présentèrent à mon service de líHôtel-Dieu demandant à me voir, pour díimportantes communications.

Mon assistant, Pierre Borelli, faisait le barrage, éconduisant systématiquement ces indésirables.
Une fois, pourtant, il me dérangea pour m'annoncer un visiteur, inconnu comme les autres, mais qui lui avait, je pense, paru plus sérieux, et j'acceptai de le recevoir.

Or, quand Borelli voulut l'introduire, le visiteur avait disparu de l'antichambre, comme par enchantement, n'y laissant que sa carte :


Ludovic Salvage, avec son numéro de téléphone.


A peu de temps de là, le courrier nous apporta une de ces grandes enveloppes où l'on garde les radiographies. Elle en contenait bien un : un cliché thorax-abdomen masculin, accompagné de ces simples mots :


Examinez cette radiographie, vous ne le regretterez pas. Signé : Ludovic Salvage.

C'était le nom du mystérieux visiteur, me rappela Borelli.