Parlons net, professeur. Cette radio comporte-t-elle, oui ou non, une anomalie ? Une très curieuse anomalie ?

Je relevai le gant.

- Bon. Parlons net, soit. Cette radio comporte en effet une anomalie, sur laquelle je n'ai pas à me prononcer. Et votre comportement me prouve bien que vous vous apparentiez aux nombreuses personnes sensibilisées de façon morbide par les propos que j'ai tenus à la Télévision. Car cette anomalie, qui a toutes les chances d'être un polype à son premier stade, vous, sous l'influence de mon discours, vous vous êtes dit qu'elle pouvait bien être la glande Alpha de l'avenir. Je me trompe ?

- Vous ne vous trompez pas, non, professeur. Mais c'est moi que vous trompez.

- Je vous trompe ? En quoi, s'il vous plaît ?

- Je vous ai observé sur le petit écran, professeur. J'ai pu voir quel grand monsieur d'une parfaite sérénité vous êtes habituellement. Or j'ai devant moi un homme troublé, perturbé même. Comme le prophète qui ayant annoncé un lointain phénomène, panique, nie et se renie lorsqu'il lui tombe dessus, inopinément. Non, vous n'avez pas conclu à un polype. Un polype, venant se greffer anarchiquement sur l'organisme, n'offre pas, lui, toutes les caractéristiques d'un organe nouveau, inconnu, harmonieusement relié aux autres. Si vous avez sauté sur le téléphone que vous pensiez être le mien, ce n'était pas pour me renvoyer cette radiographie, c'était pour retrouver l'individu qui pouvait bien être le siège d'un tel phénomène. Et s'il y avait eu sur ce cliché le moindre indice vous permettant de savoir quel radiologue l'avait fait, vous auriez encore sauté sur le téléphone pour en parler avec lui.