Il se tenait debout, un imperméable jeté sur le bras, attendant poliment que je lui désigne un siège. Il était plutôt grand, plutôt mince, dans les trente ans, un visage comme tant d'autres, où des lunettes à verres fumés empêchaient de bien voir les yeux.
La banalité, la quotidienneté du personnage aurait dû me rassurer. Pourquoi étais-je soulevé par je ne sais quel remous intérieur, dont je m'irritais, mais que je ne parvenais à maîtriser qu'avec effort ?

Sans doute, l'étrange radiographie était-elle liée à celui qui en avait fait l'envoi. Mais je me suis trouvé au cours de mon existence dans maintes circonstances propres à me faire trembler sur mes bases, et où je n'ai jamais perdu mon empire.
Les premiers mots de mon visiteur furent pour me remercier de le recevoir. Sa voix était jeune, chaude, nette, assurée.
Pour ma part, comme j'étais en train de feuilleter des papiers sur mon bureau, je continuais à le faire, comme distraitement, dans le but, que je ne m'avouais pas tout de suite, de paraître indifférent.
Mais je laisse la parole à la cassette.
C'est la cassette N ° I, qui vous permettra d'entendre mon premier, et inoubliable entretien avec Ludovic Salvage. Décisif, on le verra.
J'en recopie, toutefois, ici le texte. Et je le ferai pour toutes les autres cassettes. Pour deux raisons.

Primo : Le ruban de la cassette peut avoir une quelconque défaillance ou subir les atteintes du temps. Scripta manent.

Secundo : Je pourrai insérer ici et là des annotations, évoquant mes réactions émotives, et celles de mon interlocuteur.