Intrigué, je me penchai aussitôt sur la radiographie. Je l'examinai attentivement.
Le cliché était excellent. Il me fallut cependant fouiller du regard à plusieurs reprises pour m'assurer que je n'étais pas le jouet d'une hallucination ou d'un effet d'optique, et que le cliche n' avait pas été truqué.

Mais non, pas de doute possible : sous le coeur, entre la veine cave inférieure et la rate, on distinguait une tache foncée, de la forme d'une petite banane, qui ne pouvait être prise ni pour une tumeur, ni pour un polype ou une quelconque lésion, puisque, outre des contours très nets d'un dessin bien achevé, comme les organes sains, elle disposait pour se relier à eux de son propre réseau de connexion artérielle.



C’était comme si dans un circuit électrique, on avait rajouté une lampe sur une prise multiple venue remplacer la prise simple.
Je fixai cette incroyable anomalie éperdument. Borelli de son côté était fasciné.
Je savais à quoi il pensait. Et lui savait à quoi je pensais. Mais nous nous taisions.

Par je ne sais quelle puissante inhibition commune, alors que nous aurions dû éclater en cris de surprise, exclamations, questions, nous demeurions muets, évitant de nous regarder, ne regardant que le cliché. Pas un mot ne fut échangé entre nous.

Je n’ouvris la bouche que pour lui demander le plus placidement du monde d’appeler au téléphone ce Ludovic Salvage puisqu’il nous avait laissé son numéro sur sa carte.

Ce qu’il fit. Mais il n’obtint au bout du fil qu’un disque celui qui vous informe que le numéro que vous demandez n’existe pas.