Voilà. Tel était mon propos. Il n'y avait pas de quoi faire aboyer la meute.
La même meute qui a aboyé naguère sur l'homme dans la lune, les greffes d'organes, le bébé-éprouvette.

Supposez qu'aux temps immémoriaux où l'homme était en quête de sa forme définitive, et où il n'avait encore qu'un seul rein ou pas de rate, pas de pancréas, supposez qu'une voix se soit élevée pour prédire qu'un jour il serait doté d'un deuxième rein, d'une ou de nouvelles glandes, cette voix aurait été traitée d'utopique comme je le suis aujourd'hui.

Il n'est pourtant pas plus insensé de vaticiner sur une époque future, en s'appuyant sur les précédents des époques passées.
L'immortalité est inconcevable et restera un fantasme. Mais une plus longue durabilité de l'homme, si elle n'est pas pour demain, entre dans les schémas possibles, je dis même probables, de l'évolution.


Telles furent les paroles essentielles que je prononçais lors de cette interview, dont on trouvera le texte in extenso dans la cassette Numéro O.
Avant d'aller plus loin, je tiens à prévenir les lecteurs, mes confrères d'aujourd'hui ou de demain, que le rapport qu'ils vont lire pourra prendre parfois une teinte romanesque. C'est que les faits que je vais relater se sont déroulés pour moi comme dans un roman de science-fiction, dans lequel l'homme de sciences que je suis ne s'engageait qu'avec une extrême méfiance, souvent même avec répugnance, devant surmonter une sorte de vertige.

J'étais l'explorateur qui avance en pays inconnu sur un sable mouvant et se demande à chaque pas à quel instant il va s'enliser. Mais le sable était terre ferme, la réalité était là, tangible, irrécusable. Et elle dépassait la fiction. Et la science.

C'est que nous sommes entrés dans une époque où la fiction n'est plus une spéculation de l'imaginaire, mais souvent la préfiguration d'une réalité du lendemain.